Nicolas Jourdain, Roi des Onéidas

mercredi 28 octobre 2020
par  Eric Adrien Bailly
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D’aprés un article de Jacques Dulphy, paru dans "Le Courrier Picard" du dimanche 29 janvier 2006.

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Carte des tribus des 5 nations

 

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Quelle ne fut pas la surprise du Marquis de barbé Marbois, [1] attaché aux affaires étrangères, chargé par Louis XVI de l’organisation des consulats Français aux Etats Unis, de rencontrer, lors d’une visite aux Onéidas, un presque authentique Indien Iroquois, chef de tribu, originaire de Picardie.

Le Marquis qui rédigea plus tard ses mémoires (Journal d’un déporté non jugé, Paris, 1835) fait le récit de cette rencontre qui eut lieu en 1784. A cette époque, Lafayette [2]s’était embarqué pour les Etats Unis afin de revoir ses amis. ceux-ci profitèrent de son séjours pour le charger de pacifier les Iroquois, fâchés d’avoir été dépouillés de leurs terres et qu’on avait oublié de récompenser pour être entré en guerre contre les Anglais. Une conférence de paix fut tenue à Fort-Schuyler, [3] en septembre 1784, entre les Iroquois , Lafayette, barbé-Marbois, Madison et le Chevalier de Caraman.

C’est à cette occasion que Barbé-Marbois rencontra "Un homme qui avait comme ornement des osselets et des anneaux de plomb au nez et aux oreilles"
Surpris d’entendre un Iroquois parler un français parfait, il s’enquit de son origine : il s’appelait Nicolas Jourdain, était originaire Longpré en Picardie. Vers 1750, il avait été capturé avec quelques autres Français, par les iroquois qui se disposèrent à les brûler vifs, quand la fille du chef-roi demanda sa grâce . l’homme fut détaché du poteau, remis en liberté, et épousa la princesse avant de devenir, plus tard, roi à son tour.

Barbé Marbois avait-il bien entendu ? Dans ses mémoires , il dit que l’homme était natif de Longpré. Or, le seul Nicolas Jourdain qui soit né à Longpré, selon les registres paroissiaux que nous avons consultés à la mairie, est le fils de Jacques Jourdain, lieutenant du bourg et d’Anne Patry, sa femme. L’acte de baptême est rédigé le 1er avril 1708. Or, si le Nicolas Iroquois est le même Nicolas que que celui qui figure dans cet acte, il aurait eu, lors de sa "redécouverte", 76 ans. Ce qui est improbable. D’autant plus improbable que le Nicolas né à Longpré , si l’on en croit le "Dictionnaire généalogique des Canadiens français de 1608 à 1760" se maria avec Marie Françoise Lallemand, le 18 avril 1741, à Québec ; qu’il eut au moins quatre enfants, dont un Nicolas, né à Québec en 1742, et qui donc aurait eu 42 ans lors de la visite de Barbé Marbois.
L’indien Picard, c’est donc lui, et non son père. Dans l’acte de mariage à Québec de Nicolas Jourdain 1, natif de Longpré, il est mentionné avec la profession de brasseur, et fils de feu Jacques Jourdain, marié à Longpré, originaire de Lanchères. Ce natif de Longpré, qui plus est, mourut à Québec en 1776, ainsi qu’en atteste les archives.

Après sa curieuse rencontre, et son séjour aux Amériques, Barbé Marbois rentra en France. Il devint en 1786 intendant général des Iles-sous-le-vent. Il fut déporté en Guyane pendant la révolution, devint Ministre du Trésor en 1802, de la Justice sous la Restauration, et mourut à Paris en 1837.

Quand à Nicolas Jourdain l’Iroquois (Nicolas Jourdain 2), nul n’entendit jamais plus parler de lui. Et on ne sait de sa descendance avec la fille du chef indien.
Aujourd’hui les Onéidas
 [4] se répartissent entre le sud-est du Canada et le nord-est des Etats-Unis (Wisconsin). En 1974, la cour suprême des Etats-Unis reconnaissait leur entité en tant que telle et l’autorisait à entrer en justice, pour revendiquer des terres perdues. Peut être, existe t-il aujourd’hui, parmi ces Onéidas du XXIé siècle, des descendants de Nicolas Jourdain 1 dit de "Longpré", dont le fils (du même prénom que lui) épousa pour sa vie, le fille d’un sachem.

Rassemblement Iroquois avec des Européens.

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Le témoignage du Marquis de Barbé-Marbois.

Voici, extraite des mémoires du Marquis, publiées en 1835, la relation condensée de sa rencontre en 1784 avec Nicolas Jourdain 2, le Picard Iroquois

"En 1784, M. de Lafayette, M. de Camaran, M. Madison et moi fîmes partie d’aller aux Onéidas, où plusieurs tribus se réunissaient pour conférer. Nous leurs portions des présents et ils vinent nous recevoir. Ils remarquèrent les barillets d’eau-de-vie qui leurs étaient destinés, et ils s’en saisirent. L’un d’eux en portait un qui qui me semblait trop lourd pour lui. Cet homme avait comme ornement des osselets et des anneaux de plomb aux nez et aux oreilles. Son visage était couvert de bandes de diverses couleurs. Nous étions à cheval. je dit à mon palefrenier : Tachez de vous faire comprendre de cet homme, pour obtenir qu’il vous remette son baril ; votre cheval n’en sera pas trop chargé." L’homme se retourne aussitôt vers moi et me dit, en très bon français : "Je remet le baril à votre domestique ; mais c’est pour vous faire plaisir, car ce fardeau ne pèse rien pour moi..."

"Surpris d’entendre cet homme me parler ainsi, je lui dit ; "Cheminons ensemble et apprenez-moi par quelle aventure vous savez si bien le français ? "."Je m’appelle Nicolas Jordan (sic), réplique t’il. je suis né à Longpré les Corps Saints..."."

C’est là que Barbé-Marbois fait erreur : il aurait dû comprendre que ce Nicolas était le fils d’un autre Nicolas venu de Longpré, mais pas natif de Longpré lui-même.

Le Marquis explique ensuite que son Iroquois français avait été secrétaire de M. Vilmain de Beaupré (Un voyageur français au Canada), puis que la guerre venue avec les Anglais, alliés alors des Onéidas, et qu’il fut fait prisonnier avec quelques autres français "destinés à être brûlés et mangés".

Barbé-Marbois poursuit : "Ses compagnons le furent, et témoin de leur sort, déjà tout couvert de la couleur noire dont on peint ceux qui doivent périr, il s’attendait à le partager quand on l’informa qu’il était libre. Il apprit qu’il devait cet heureux changement à la fille du roi, qui avait perdu son mari depuis peu de jours, et qui avait résolu de le remplacer par Jourdain. Le mariage fut conclu peu de jours après ". Et le Marquis cite Jourdain lui-même : "Aussitôt que les sauvages m’eurent adopté, j’éprouvai la plus grande humanité de leur part. Ils me montrèrent, avec une patience extrême, à chasser comme eux, à dépouiller un arbre de son écorce, à construire une cabane, à conduire un canot, à pêcher. La princesse ma femme était fort laide, et ivre du matin au soir. Je désertai un jour ; mais je fus repris. Les sauvages me ramenèrent aux Onéidas. On me rendit ma femme. J’ai plusieurs enfants. Mon âge et mes enfants me fixent ici pour jamais"."

Jourdain, qui avait une grande instruction, était devenu, à son tour, un vrai chef Iroquois.

Lisez le document nommé "Nicolas Jourdain (1708-1776) : un exemple d’intégration au Canada". dans le porte-document, en-dessous.

 

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[1Le marquis François de Barbé-Marbois, né le 31 janvier 1745 à Metz en Lorraine et mort le 12 janvier 1837 à Paris, est un diplomate et homme politique français et fut l’un des ministres de Napoléon Iᵉʳ et premier président de la Cour des comptes.

[2Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, dit « La Fayette », né le 6 septembre 1757 au château de Chavaniac, paroisse de Saint-Georges-d’Aurac et mort le 20 mai 1834 à Paris, est un noble d’orientation libérale, officier et homme politique français et américain.

[3Dans les années 1640, les Pays-Bas étaient une colonie florissante, avec New Amsterdam comme capitale, et en quelques décennies à peine, ils s’étaient développés aussi loin à l’est que le fleuve Connecticut et aussi loin au nord que le fleuve Saint-Laurent. Les archives indiquent que le premier Européen à s’installer sur la terre où se trouve actuellement Fort Schuyler fut John Throckmorton. New Amsterdam devint plus tard New York.

[4 Les Iroquois Onéidas habitaient les vallées du Saint-Laurent, de la Susquehannaa, ainsi que les rives des grands lacs. Ils occupaient de longues cabanes d’écorce, chacune étant réservée à une famille. Agriculteurs, pêcheurs et chasseurs de gibier à fourrure, ils vécurent en paix jusqu’à leur rencontre, au XVIIé siècle, du colonialisme blanc. Après la guerre d’indépendance, ils se replièrent au Canada ou furent déportés dans le Missouri. Le principe de l’adoption était répandue chez les Iroquois. Chaque guerre ramenait son lot de prisonniers, parmi lesquels les femmes avaient le loisirs de choisir des remplaçants à leurs fils ou époux tués. Les adoptés avaient tous les droits et privilèges de ceux dont ils occupaient la place, et allaient à la guerre, au besoin. La torture était un rite bien établi chez les Iroquois, qui passaient pour cruels. Elle était parfois mêlée de cannibalisme rituel.



Documents joints

Nicolas Jourdain (1708-1776) : un exemple (...)
Voyage dans la Haute Pennsylvanie et dans (...)
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