La ligne des 100 jours, la fin de la guerre

mardi 16 juin 2020
par  Eric Adrien Bailly
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La ligne Longpré les Corps Saints - Gamaches

La ligne Longpré les Corps Saints - Gamaches
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Dès février 1915, une compagnie française du 5e Génie et une compagnie anglaise de pionniers entretiennent la voie qui permettait, en cas de coupure de ligne Amiens - Rouen, de joindre le dépôt de munitions de Blargies-Nord, le dépôt du Génie britannique de Blargy-Sud et la gare de Romescamps qui approvisionnait en paille et en foin toute la partie Nord du front. A cette époque la ligne Gamaches-Longpré était en voie simple avec la capacité de 12 trains par jour.

 

 

The Corps of Royal Engineers dans la Première Guerre mondiale

La guerre de 1914-1918 reposait sur l’ingénierie. Sans ingénieurs, il n’y aurait pas eu de ravitaillement des armées, car les Royal Engineers ont entretenu les voies ferrées, les routes, l’approvisionnement en eau, les ponts et les transports. Les Royal Engineers ont également exploité les chemins de fer et les voies navigables. Il n’y aurait pas eu de communication, car les Royal Engineers ont entretenu les téléphones, les équipements sans fil et autres équipements de signalisation. Il y aurait eu peu de couverture pour l’infanterie et pas de positions pour l’artillerie, car les Royal Engineers ont conçu et construit les fortifications de première ligne. Il incombait aux Royal Engineers techniquement qualifiés de développer des réponses à la guerre chimique et souterraine. Et enfin, sans les Royal Engineers, l’infanterie et l’artillerie auraient rapidement été impuissantes, car elles entretenaient les canons et autres armes. Il n’est pas étonnant que les Royal Engineers soient devenus une organisation vaste et complexe.

Royal Engineers construisant un pont ponton
Troupes de la 3 / 1st London Field Company, Royal Engineers construisant un pont ponton, 1915. Image IWM Q53955
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A Longpré les Corps Saints était logée une compagnie des Railway-Sappers du corps des Royal-Engineers. Aux spécialistes britanniques furent adjoints des travailleurs Indiens, Chinois et des prisonniers de guerre.
Le 21 mars 1918, l’attaque allemande est déclenchée par le Maréchal HINDENBURG et le 24 avril 1918 il est décidé le doublement de la ligne de Gamaches à Longpré et de porter son trafic à 48 trains par jour. Cette ligne va s’appeler « la ligne des 100 jours ». On ne peut pas prendre le temps de construire des ponts ; construire des kilomètres de voies pour contourner les obstacles est beaucoup plus rapide. La voie suivra les courbes de niveau en contournant les obstacles principaux.

Albert-André Claveille
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Les travaux commencent le 2 mai 1918 et le 15 août la double voie est entièrement posée, les voies annexes sont terminées, la signalisation, le téléphone, l’alimentation en eau sont achevés. Le Président du Conseil Georges CLEMENCEAU et le ministre des Travaux Publics, M. CLAVEILLE sont présents à Longpré ce 15 août. En 106 jours la ligne était achevée. Ceci lui vaudra le surnom de « la ligne des 100 jours ».

 

Clemenceau

Pendant la grande offensive alliée d’août, septembre et octobre 1918, le trafic sur le réseau a été énorme, atteignant jusqu’à 60 trains par jour. Les troupes françaises, anglaises, indiennes, canadiennes, australiennes et américaines ont emprunté cette ligne pour rejoindre le front. Le 28 septembre 1918, le Président de la République, Raymond Poincaré accompagné du Ministre des Travaux Publics, visite les installations de Longpré les Corps Saints.
Dès mars 1919, la démolition d’une des voies est commencée, fin avril il ne restait plus rien de « la ligne des 100 jours ».

 

LU DANS LA PRESSE :

Laconique cette annonce parue dans le pilote de la Somme du 29 juin 1916 : « La gendarmerie de Pont Rémy a mis en état d’arrestation, par ordre de l’autorité britannique, la nommée M.J. sans profession, demeurant à Longpré »

Même les hommes du clergé prenaient part au conflit. Le 28 août 1918, le R.P. Paul Lambert, de Longpré les Corps Saints a les honneurs de la presse dans le journal La Somme :
« a été cité, à l’ordre du service de santé de la division. La première citation est du 20 juin : Gradé d’une haute valeur morale ; dévoué, courageux et énergique ; pendant les combats de mai et juin 1918, a conduit ses équipes de brancardiers sans souci du danger malgré la violence du bombardement, assurant ainsi l’évacuation rapide des blessés. La 2ème citation est du 25 juillet : Sous-officier calme et de grand sang-froid, s’est distingué dans la période du 18 au 21 juillet 1918 par son dévouement constant et par la bonne direction donnée à ses équipes. » Loger quelqu’un chez soi était réglementé, ainsi un procès-verbal fut dressé à l’encontre d’une dame de Longpré pour avoir logé sans le déclarer une personne étrangère à la localité en octobre 1918. de même en février 1919, pour défaut de registre et ouverture d’un ‘thé’ sans autorisation, une ménagère de Longpré a récolté un procès-verbal.

Le 22 février 1919, le journal La Somme indique :

« Tous les prisonniers de Longpré sont revenus en France et ont passé leur permission réglementaire dans leur famille. Le dernier arrivé est Gabriel Parisot, de la classe 15. Tous nos prisonniers, quoique fatigués par les mauvais traitements subis en Allemagne, sont relativement en bonne santé. Un seul est décédé en Allemagne : le sergent Albert Caron, du 120ème RI, qui n’a pu résister aux tourments de sa captivité.

Lu le 26 juillet 1919 dans le journal La Somme :

« La fête de la Victoire à Longpré, a donné lieu à une magnifique cérémonie d’union sacrée, qui, nous l’espérons, portera ses fruits. À la demande de la municipalité, un service funèbre solennel a été célébré à 11 heures, en l’église paroissiale par le vénérable curé de la paroisse, M. l’abbé Retel, qu’accompagnaient, M. l’abbé Nourtier, curé de Jumel et M. l’abbé Masse, curé de Pont-Rémy, originaires de la paroisse. Une assistance considérable emplissait l’église, et l’on eut la satisfaction d’entendre la musique, reconstituée en hâte et accompagnée de son président Parisot. Au cours de l’office, M. l’abbé Retel prit la parole, et le P. Souverain exalta nos soldats, fit leur éloge, dit leur vaillance et réclama éloquemment pour eux les prières de toute l’assistance. Après l’office, on se rendit processionnellement au cimetière, et là, sur les tombes des soldats qui y dorment leur dernier sommeil, notamment trois aviateurs, M. Champion prononça un éloquent et patriotique discours. L’assemblée n’oublia pas les alliés. On se rendit donc au cimetière britannique, et M. Delavigne prit de façon touchante la parole. La journée s’est terminée comme elle avait commencé : dans l’union des cœurs et des âmes. »

Le même journal relate la cérémonie du 2 novembre : « Bénédiction d’une plaque commémorative portant les noms des tués et disparus de la commune, placée à l’intérieur de l’église ; cette plaque a été achetée avec le montant des souscriptions reçues par l’abbé Retel. Après l’absoute, le cortège se rendit au cimetière Saint Martin, où l’on déposa des gerbes de fleurs sur les tombes des aviateurs français, tombés à Longpré et au monument des combattants de 1870. Puis le cortège revint place de la mairie où il fut remis des diplômes de la Reconnaissance Nationale aux familles des décédés et des livrets de Caisse d’épargne aux orphelins de la guerre. »
On peut lire le 24 avril 1920, toujours dans le même journal : « Notre usine à gaz de Longpré a fonctionné malgré la guerre jusqu’en décembre 1917 et elle a été arrêtée à cette époque car on a fait partir le contremaître qui la faisait marcher... »



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